Samedi 31 octobre 2009 6 31 10 2009 00:00
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Discours et déclarations de Ségolène Royal sur la nation


Le 29 septembre 2006, à Vitrolles, Ségolène Royal annonce officiellement sa candidature à la candidature et « accepte d'assumer cette mission de conquête pour la France ».
Dans cette ville symbole de la reconquête républicaine, que la gauche a reprise au Front national, je veux, dit-elle, « vous parler de la nation qui tient fermement debout, de la République pour tous et de l'autorité d'un Etat efficace », toutes choses qui vont, à ses yeux, indissociablement ensemble.
« Il faut,
dit-elle, que les Français le sachent : ce n'est pas en les dressant les uns contre les autres que l'on redresse le pays. Ce n'est pas en trahissant la République qu'on relève la Nation (...). Oui, la France peut reprendre la main ! Oui, elle peut se protéger efficacement contre les désordres qui l'assaillent, croire suffisamment en elle, renouer avec le meilleur de son histoire, se projeter à nouveau dans l'avenir et construire un avenir commun ».
« La mondialisation sonne-t-elle le glas de l'Etat et condamne-t-elle la Nation » ? Non, répond-elle avec fermeté : « Ce désir de France que nous gardons au coeur n'est pas condamné à dépérir : il constitue un atout pour les combats d'aujourd'hui. Et cette « passion de l'égalité », constitutive de notre identité, reste de nos jours le meilleur guide pour l'action. Quand on demande aux Français ce qui, pour eux, symbolise le mieux la France, ce qui vient en premier, ce ne sont ni les frontières ni la langue, c'est le drapeau tricolore et la Sécurité sociale. L'emblème de la République et les outils de la solidarité : voilà ce qui cimente en premier l'appartenance commune. Mais plus les insécurités sociales quotidiennes et la précarité gagnent du terrain, plus les Français ont mal à la France. Et plus ils s'inquiètent de la pérennité de la nation, moins ils sont portés à la vouloir généreuse avec les siens et hospitalière aux autres. Car chez nous, on le sait, le social et le national marchent ensemble et c'est l'Etat qui est le garant de leur alliance ».
« Alors, poursuit-elle, quelle est notre responsabilité ? C'est redresser le pays et lui redonner toutes ses chances. Lui donner cette fierté sans arrogance qui l'aidera à rassembler ses forces et à écrire, avec tous les siens, une nouvelle page de l'histoire. Car nous croyons à la France, à ses talents, à son potentiel, à sa jeunesse, à son goût d'entreprendre et à la solidité toujours actuelle de la Nation, de l'Etat et de la République. La France, je la vois créative, innovante mais bridée de trop de lourdeurs bureaucratiques et fragilisée par un Etat qui se désengage. Je la sens en avance sur ceux qui la gouvernent (...). La droite a le toupet d'appeler « réformes » - les mots n'ont plus de sens ! - le démantèlement des protections sociales et l'avènement d'une société du précariat (...). Ce n'est pas moderniser le pays : c'est défaire la France ».
« Je crois, dit aussi Ségolène Royal ce jour-là, que la nation dans le monde d'aujourd'hui est protectrice des individus et doit apporter à chacun le renfort dont il a besoin pour maîtriser sa vie. Cette nation remplissant son devoir à l’égard de tous ses membres, je ne la veux pas frileuse, apeurée, défensive, doutant d’elle-même, mais au contraire porteuse d’un projet collectif et solidaire, d’un devoir d’invention qui lui donne tout son sens et tout son allant ! ».

« Imaginer la France, poursuit-elle, c’est vrai, ne va plus de soi et nous devrons le faire ensemble. Mais ne lui renvoyer que l’image de son déclin et la sommer sans cesse de renoncer à son « exception » pour se banaliser et s’aligner sur les pays où, paraît-il, le marché sans entrave pourvoirait au bonheur de tous, c’est rendre à la France un bien mauvais service et attiser l’exaspération des Français (...).
Imaginer la France ne va plus de soi parce qu’elle s’est beaucoup transformée, pluralisée, diversifiée et colorée sans encore admettre totalement ce qu’elle est devenue. Pour en tirer parti et fierté, la France, je vous le dis, doit achever de reconnaître comme ses enfants légitimes ceux dont les familles sont venues d’ailleurs et qui sont aujourd’hui des Français à part entière quoique toujours exposés aux discriminations.
Oui, la France doit non seulement les reconnaître comme ses enfants légitimes, mais s’appuyer sur eux comme sur tous ses enfants. La France doit écouter ce qu’ils lui disent, notamment les moins nantis. Elle doit même comprendre ce qu’ils ne lui disent pas.

Jusqu'à quand parlera-t-on de 2ème, de 3ème ou de 4ème génération pour certains descendants d’immigrés alors qu’on ne le fait jamais pour ceux dont les parents sont originaires d’Europe ? Jusqu’à quand parlera-t-on de Français « de souche » comme si les autres étaient… de feuillage ou de branchage ?
C’est cela aussi la tâche de la gauche : aider la France à se reconnaître comme elle est et à reconnaître, dans cette diversité humaine, une formidable chance pour nous tous.

L’honneur de la République, la fidélité de la France à ses idéaux, c’est aussi la lucidité d’une histoire partagée, dans une France respectueuse de toutes les mémoires, et accueillante à tous les siens, nés ici ou ailleurs.
C’est une France qui reconnaît, en 2001, l’esclavage comme crime contre l’humanité.
C’est une France qui demande, à juste titre, pardon pour la Rafle du Vel d’Hiv’ et le régime de Vichy.
C’est une France qui refuse de reconnaître des « aspects positifs » dans la colonisation, système de domination et d’asservissement.

Ce n’est jamais quand elle oublie ses valeurs mais, au contraire, quand elle les prend au mot et reste fidèle à elle-même que la France peut aussi, au-delà de ses frontières, parler du monde et au monde.
Car la Nation, pour la gauche, est indissociable d’une perspective plus large.
Car nous sommes de ce pays, la France, où l’on « vota la liberté du monde » et où l’on fit une Constitution en pensant à l’univers entier.
Car «
c’est en donnant aux peuples l’exemple et le signal de la justice » que la France se ressemble et se rassemble ».

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"Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire; c'est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe et de ne pas faire écho, de notre âme, de notre bouche et de nos mains aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques." Jean Jaurès

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